Exposition aux pesticides: après Cortil-Wodon, une étude démontre leur présence dans six autres écoles

Nous nous sommes procurés un travail de fin d’études réalisé par un étudiant de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège) et basé sur une étude. Celui-ci a trait à « l’exposition des populations riveraines aux pulvérisations de produits phytopharmaceutiques en Wallonie ». Et les résultats sont interpellants. Non seulement, la preuve de la découverte de pesticides sur les jeux d’enfants et en classe est réelle mais l’étude montre également la présence d’agents chimiques interdits depuis longtemps comme le DDT, le chlordane ou le lindane.

131 substances chimiques découvertes dans sept écoles

Tout démarre avec une première étude réalisée en 2017 par le professeur Bruno Schiffers. La présence de 23 pesticides dans la cour de récréation d’une école de Cortil-Wodon dans l’entité de Fernelmont en province de Namur est mise en lumière. À l’époque, l’information inquiète non seulement les parents, les professeurs, les responsables politiques locaux mais aussi le grand public.

Le ministre cdH Carlo Di Antonio va alors financer une nouvelle étude. Celle-ci sera confiée à l’ISSeP, en collaboration avec le CRA-W (Centre wallon de Recherches agronomiques) et la Faculté de Gembloux Agro-Bio Tech (Université de Liège). La nouveauté est qu’elle sera menée à l’échelle de la Wallonie. Des capteurs sont installés dans des établissements scolaires situés en bordure de champs. Au total, sept écoles en zone rurale seront étudiées de mars à juin 2018 :

  • Ecole Saint-Joseph-aux-Champs à Grez-Doiceau ;
  • Ecole le grand Frêne à Ophain (Brabant wallon) ;
  • Ecole du Petit Chemin à Loupoigne (Brabant wallon) ;
  • Ecole Communale à Loupoigne (Brabant wallon) ;
  • Ecole Communale à Lincent (province de Liège) ;
  • Ecole Communale à Baisy-Thy (Brabant wallon) ;
  • Ecole Saint-Martin à Cortil-Wodon (province de Namur).

Résultat : 131 substances chimiques sont retrouvées dans ces écoles dont certaines sont interdites. La présence de pesticides est avérée dans les cours de récréation mais aussi sur les jeux d’enfants et jusque dans les classes. C’est sur cette étude que se basera l’étudiant – Guillaume Bergiers – pour réaliser son TFE sous la supervision des professeurs Bruno Schiffers et Frédéric Lebeau. Parmi les conclusions de Guillaume Bergiers, depuis diplômé, « les mesures avec les capteurs passifs montrent principalement l’omniprésence d’un certain nombre de pesticides (près d’une cinquantaine) dans notre environnement pendant la période des pulvérisations. Cette omniprésence, quoiqu’en relativement faibles quantités, pourrait présenter des effets nocifs pour la santé. L’effet « cocktail » de pesticides est encore peu étudié mais présenterait des effets sur la santé, même à des concentrations proches des doses journalières admissibles (DJA) ».

C’est évidemment au printemps que les concentrations de pesticides dans l’air sont les plus importantes. Cette étude met en exergue le fait que ces substances volatiles (des gouttelettes de pesticides) peuvent éventuellement s’envoler (s’il y a du vent) et parcourir de grandes distances (selon la force du vent) pour atterrir dans des cours de récréation. Une fois en contact avec ces substances, les enfants les transportent via leurs chaussures ou leurs vêtements, et elles arrivent dans les classes.

Planter des zones tampons et des haies…

Si le constat est dramatique pour les écoliers, il peut l’être également pour les agriculteurs qui tentent de faire leur travail correctement pour gagner leur vie. Des constats et des pistes de solution ont été rédigés par l’étudiant :

Concernant les mesures préconisées par le Décret Wallon de 2018 :

  • « La première mesure vise à obliger les agriculteurs à utiliser, sur tout le territoire wallon, des buses qui réduisent la dérive de minimum 50% : cette mesure ne se justifie que partiellement. »           
  •  « La seconde mesure vise à interdire de pulvériser lorsque la vitesse du vent est supérieure à 15 km/h. Il s’agit là d’une mesure qui est déjà recommandée par le SPF, et qui est tout à fait légitime. »   
  •  « La troisième mesure vise à interdire de pulvériser à moins de 6 mètres des bords de toute parcelle qui jouxte un lieu d’habitation ou de travail. Les résultats obtenus dans les essais en parcelle, ainsi que les résultats d’autres études confirment l’idée qu’une bande tampon de 6 mètres permettra de réduire de manière importante l’exposition des riverains à la dérive directe. »     
  • « La dernière mesure vise à interdire de pulvériser entre 8h et 16h sur les parcelles de cultures et/ou de prairies situées à moins de 50 mètres d’un lieu d’habitation ou fréquenté par le public. Elle aura peu d’effet sur l’exposition globale, mais est intéressante pour éviter un pic d’exposition au moment de l’application. Il est justifié d’interdire la pulvérisation aux moments des pics de fréquentations, par exemple pendant les récréations ou même les heures d’ouverture des écoles et des crèches, afin de protéger la population la plus fragile. »

Au niveau des établissements et des habitations, la plantation de larges haies variées est une des solutions pour éviter la dérive des pesticides dans l’air.

Mathieu Baugniet – Source : TFE de Guillaume Bergiers.

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